Le principe
L’âge de départ minimum est fixé entre 62 et 64 ans selon votre année de naissance. La retraite anticipée pour carrière longue est une dérogation : si vous avez commencé à travailler jeune et suffisamment cotisé, vous pouvez partir avant cet âge, et à taux plein. Ce n’est pas une faveur, c’est un droit, mais il faut le demander et remplir des conditions précises.
Les deux conditions à remplir
Il en faut deux, cumulativement. Beaucoup de candidats en remplissent une seule et l’ignorent.
- Avoir commencé à travailler avant 16, 18, 20 ou 21 ans. Ces quatre bornes ouvrent quatre âges de départ différents : plus vous avez commencé tôt, plus vous pouvez partir tôt.
- Justifier d’un nombre déterminé de trimestres cotisés, tous régimes confondus, dont un certain nombre avant la borne d’âge concernée.
Sur le début de carrière, la règle est précise : il faut 5 trimestres avant la fin de l’année civile de votre borne d’âge, ou 4 seulement si vous êtes né entre le 1er octobre et le 31 décembre. C’est le point qui fait basculer beaucoup de dossiers, dans un sens comme dans l’autre.
Nous ne publions pas ici de tableau du nombre de trimestres par génération : il varie selon l’année de naissance et la borne d’âge, et il est en cours de modification. Un tableau figé serait faux pour une partie des lecteurs. Voyez plus bas comment obtenir votre chiffre exact.
Ce qui compte comme trimestre cotisé
C’est là que se joue l’essentiel, car « cotisé » ne veut pas dire « travaillé ». Certaines périodes non travaillées sont assimilées à des trimestres cotisés, dans des limites strictes.
| Période | Limite retenue |
|---|---|
| Service national | 4 trimestres |
| Chômage indemnisé | 4 trimestres |
| Maladie et accident du travail indemnisés | 4 trimestres |
| Maternité et adoption indemnisées | Retenues |
| Pension d’invalidité | 2 trimestres |
| Compte professionnel de prévention | Majorations retenues |
| Assurance vieillesse des parents au foyer et des aidants | 4 trimestres |
L’apprentissage et les stages de formation professionnelle comptent également, puisque des cotisations ont été versées. Ces périodes assimilées font souvent la différence entre un départ possible et un refus.
Ce que change la suspension de la réforme
La réforme des retraites de 2023, qui relevait progressivement l’âge légal, a été suspendue jusqu’en 2028 par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Un décret du 7 mai 2026 en a précisé les conséquences pour les carrières longues.
Concrètement, un nouveau mode de calcul s’applique aux personnes nées entre 1964 et 1970 qui remplissent les conditions de carrière longue : elles peuvent partir quelques mois plus tôt qu’avec les règles issues de la réforme. Attention à la date d’effet, elle est stricte : seuls les assurés dont la retraite prend effet à compter du 1er septembre 2026 sont concernés. Partir en août plutôt qu’en septembre peut donc vous faire perdre le bénéfice de la mesure.
La même loi modifie aussi, à partir du 1er septembre 2026, la façon dont certaines périodes assimilées sont prises en compte dans la durée cotisée. Si votre dossier repose sur des trimestres de chômage, de maladie ou d’invalidité, faites-le revérifier après cette date.
Comment connaître votre date
Il n’existe pas de raccourci fiable, et c’est pour cette raison que nous ne proposons pas de calculateur maison sur ce sujet : le résultat dépend de votre relevé de carrière réel, trimestre par trimestre. La démarche sûre tient en trois étapes.
- Vérifiez votre relevé de carrière sur votre compte retraite. Un trimestre oublié, un employeur manquant, et votre date de départ recule. À partir de 55 ans, vous pouvez demander une rectification.
- Utilisez le simulateur officiel de l’Assurance retraite dédié à la carrière longue : il demande votre année de naissance et l’âge de début d’activité, et donne les conditions applicables à votre génération.
- Demandez votre attestation de départ anticipé depuis votre espace personnel. C’est le document qui fait foi, provisoire ou définitif selon la date.
La demande de retraite elle-même se fait environ 5 mois avant la date de départ souhaitée, en une demande unique valable pour tous vos régimes.
Les erreurs qui coûtent des mois
- Démissionner avant confirmation. Ne quittez jamais votre emploi avant d’avoir la confirmation écrite de tous vos régimes, de base et complémentaires. Une erreur de trimestre et vous vous retrouvez sans salaire et sans pension.
- Ignorer les périodes assimilées. Service national, chômage, maladie, maternité : beaucoup croient que seules les périodes travaillées comptent et renoncent à tort.
- Ne pas corriger son relevé de carrière. Les oublis d’employeurs anciens sont fréquents et se corrigent, mais seulement si vous les signalez.
- Se fier à un tableau trouvé en ligne. Les conditions changent par génération et viennent d’être modifiées. Seul le simulateur officiel, alimenté par votre carrière réelle, fait foi.
- Négliger la date d’effet du 1er septembre 2026 si vous êtes né entre 1964 et 1970.